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Estimer la difficulté d'un mot clé : indicateurs et méthode

Tableau de bord d'analyse de mots-clés affichant volume, intention et tendance

Un lecteur m'a posé cette question par mail : « Je ne comprends pas comment on peut considérer qu'une requête est peu concurrentielle alors qu'il y a parfois des milliards de résultats. Quel est l'indicateur qui mesure la concurrence sur une requête ? » Elle est excellente, parce qu'elle pointe le malentendu le plus répandu en référencement : confondre la taille d'un index avec la difficulté d'une compétition.

Une requête est difficile quand un nouvel entrant a peu de chances d'atteindre les premières positions à effort raisonnable. Cette difficulté ne tient pas dans un chiffre unique. Elle s'estime en croisant trois signaux : ce que les annonceurs acceptent de payer pour le clic, ce que les pages déjà classées ont accumulé comme liens, et la place cliquable que laisse la page de résultats. Voici ma méthode, et ce que valent les scores affichés par les outils.

Pourquoi « environ 4 320 000 résultats » ne mesure rien

Le nombre de résultats annoncé par un moteur est une estimation grossière du volume de documents contenant les termes, pas un décompte de concurrents sérieux. Vous ne vous battez pas contre des millions de pages : vous vous battez contre les dix premières, souvent contre les trois premières.

Une requête très large peut afficher des milliards de résultats et rester accessible, parce que le haut de page est occupé par des forums anciens. À l'inverse, une requête de niche affichant quelques dizaines de milliers de résultats est verrouillée si le top 10 est tenu par trois marketplaces et deux enseignes nationales. Le bon réflexe : taper la requête, regarder qui occupe les premières places, et avec quel type de page.

Le coût du clic : un indicateur de valeur, pas de difficulté SEO

Le planificateur de mots clés de Google Ads reste le point de départ le plus simple : il expose ce que le marché paie. Attention à la définition exacte. D'après l'aide officielle Google Ads (consultée en septembre 2026), la colonne « concurrence » mesure le nombre d'annonceurs ayant diffusé sur ce mot clé, rapporté à l'ensemble des mots clés sur Google, pour la zone et le réseau ciblés. Les enchères de haut de page sont des approximations du 20e centile (fourchette basse) et du 80e centile (fourchette haute) des enchères payées sur les trente derniers jours.

Ces colonnes décrivent donc la pression publicitaire et la valeur commerciale d'un clic, pas la difficulté à se classer naturellement. Elles permettent surtout un calcul de rentabilité, à mener avec vos propres chiffres : pour 100 clics achetés au haut de fourchette, combien de devis, combien de clients, quelle marge ? Si la fourchette haute est à 20 € et votre taux de conversion réel à 2 %, deux clients coûtent 2 000 € de publicité. Ce niveau se défend sur un service à forte marge, beaucoup moins sur un produit à 40 €.

Deux précautions. L'intention change tout : « plombier Paris » exprime un besoin immédiat et se paie cher, « plombier pas cher » une intention de comparaison, donc moins. Et un compte Google Ads qui ne dépense rien n'affiche que de larges fourchettes de volume : les valeurs précises demandent une campagne active, même modeste.

Les scores de difficulté des outils SEO : ce qu'ils mesurent vraiment

Les suites payantes affichent toutes un score de 0 à 100, construit principalement sur le profil de liens du top 10 : les liens restent le critère le plus simple à comptabiliser objectivement, là où la qualité d'un contenu se prête mal à une note.

Ahrefs assume cette approche : sa documentation Keyword Difficulty (page mise à jour le 15 décembre 2025) indique que le score vient du nombre de domaines référents pointant vers les dix pages les mieux classées. Repères donnés par l'éditeur : 0 à 5 pour des pages de tête quasiment sans liens, environ 50 pour quelques centaines de liens, plus de 90 pour des milliers.

Semrush utilise une formule plus composite. Sa base de connaissances (consultée en septembre 2026) cite la médiane des domaines référents du top 10, le ratio médian de liens dofollow/nofollow, le score d'autorité médian des domaines classés et les caractéristiques de la page de résultats. Ses paliers servent de grille de lecture :

Paliers de lecture du score Keyword Difficulty de Semrush (source : base de connaissances Semrush, consultée en septembre 2026)
Score KD % Lecture proposée par l'éditeur
0 à 14 Très facile : accessible rapidement
15 à 29 Facile : atteignable pour un domaine récent
30 à 49 Possible : contenu structuré et optimisé
50 à 69 Difficile : liens de qualité nécessaires
70 à 84 Ardu : effort soutenu de contenu et de netlinking
85 à 100 Très ardu : travail continu, y compris de promotion

Trois règles d'usage en découlent. Un score ne se compare jamais d'un outil à l'autre : un 42 chez l'un n'est pas un 42 chez l'autre. Un score décrit un site moyen, pas le vôtre. Enfin, sur les requêtes locales, ces scores deviennent instables : en 2016, en comparant « plombier » associé à trois villes, j'avais obtenu un score plus élevé pour Quimper que pour Paris. Quelques annuaires très liés suffisent à faire grimper une moyenne sur une page de résultats locale.

Une correction par rapport à la première version de cet article : j'y recommandais la barre SEOquake pour obtenir un score de difficulté gratuitement. Ce n'est plus possible. La version reconstruite de l'extension, publiée le 9 septembre 2026, analyse la page consultée mais n'embarque plus la surcouche affichée sur les résultats de recherche.

Ce que les scores ignorent : l'intention et la forme de la page de résultats

Un score de difficulté suppose que la première position vaut toujours autant de clics. C'est de moins en moins vrai. Le Pew Research Center a publié le 22 juillet 2025 une analyse de la navigation de 900 adultes américains, membres d'un panel équipé d'une application de suivi : 68 879 recherches Google de mars 2025, dont 12 593 affichaient un résumé généré par IA. Un lien de résultat classique a été cliqué lors de 8 % des visites avec résumé IA, contre 15 % sans. Périmètre américain et panel limité, mais l'ordre de grandeur mérite d'entrer dans l'arbitrage. J'ai détaillé comment mesurer ce phénomène sur vos propres pages dans un article dédié aux AI Overviews en France.

Avant d'estimer une difficulté, décrivez donc la page de résultats : bloc local, carrousel de produits, vidéos, résumé généré ? Une troisième position sous un résumé IA et un pack local ne vaut pas une troisième position sur une page sobre. Concentrez enfin l'analyse sur le bon moteur : en août 2026, Google représentait 88,76 % des pages vues de recherche mesurées en France par StatCounter, tous appareils confondus, devant Bing à 5,13 % — une mesure de trafic sur les sites du panel StatCounter, pas un sondage d'usage.

La difficulté qui compte est relative à votre site

Les scores publiés décrivent l'effort demandé à un site moyen. Pour en tirer une décision, corrigez-les avec quatre éléments internes : la notoriété de votre domaine, vos positions actuelles sur des requêtes proches, votre capacité réelle à produire du contenu, votre capacité à obtenir des liens.

La Search Console fournit l'essentiel gratuitement. Filtrez vos requêtes en position moyenne 8 à 20 : ce sont vos gains les moins chers, des pages déjà reconnues qu'un travail d'optimisation peut faire basculer. Une requête notée « difficile » par un outil peut vous être accessible si vous y êtes déjà onzième. Pour suivre ces mouvements, un tableau de bord Data Studio (ex-Looker Studio) branché sur la Search Console suffit à une TPE ou une PME ; j'ai développé ce point dans mon article sur le fait de piloter le référencement d'une petite entreprise.

Cinq questions pour trancher

Grille d'évaluation d'une requête avant de décider d'y investir
Question Où regarder Signal favorable
L'intention colle-t-elle à mon offre ? La page de résultats Les premiers résultats ressemblent à ce que je vends
Le clic a-t-il de la valeur ? Planificateur de mots clés Enchères compatibles avec ma marge
Le top 10 est-il solide ? Score de difficulté, domaines référents Pages de tête peu liées ou hors sujet
Reste-t-il des clics à prendre ? Encarts et résumés affichés Page de résultats sobre
Suis-je déjà présent ? Search Console, positions 8 à 20 Une page existante proche du seuil

Trois réponses favorables sur cinq justifient de lancer le travail. Deux ou moins, passez à la requête suivante : il existe presque toujours une formulation voisine, moins disputée et mieux qualifiée.

Quand il vaut mieux payer le clic

Renoncer au référencement naturel sur une requête n'est pas un échec, c'est un arbitrage. En 2014, j'ai travaillé sur le référencement d'une agence de voyage positionnée sur le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les requêtes principales étaient culturelles et historiques : encyclopédies, sites institutionnels, associations. Nous avons vite conclu qu'il fallait laisser de côté le référencement naturel sur ces expressions au profit de la publicité, dont le clic coûtait alors très peu sur ce terrain peu commercial.

Le critère se formule simplement : si la page de résultats est tenue par des acteurs que vous ne remplacerez pas et que l'intention dominante n'est pas transactionnelle, le référencement naturel coûtera cher pour un gain incertain. La publicité de recherche a ici un avantage pratique : elle mesure en quelques semaines la valeur réelle du trafic d'une requête. Une campagne de référencement payant utilisée comme instrument de mesure évite d'engager un budget de contenu à l'aveugle.

Questions fréquentes

Le nombre de résultats affiché par Google indique-t-il la concurrence ?

Non. Il s'agit d'une estimation du nombre de documents contenant les termes recherchés, pas du nombre de concurrents sérieux. La difficulté se juge sur les dix premiers résultats : leur nature, leur ancienneté et le nombre de sites qui pointent vers eux.

Que mesure exactement la colonne « concurrence » du planificateur de mots clés ?

Elle mesure le nombre d'annonceurs ayant diffusé sur ce mot clé, rapporté à l'ensemble des mots clés sur Google, pour la zone et le réseau ciblés. C'est un indicateur de pression publicitaire, pas de difficulté à se classer en référencement naturel.

Peut-on comparer un score de difficulté Ahrefs et un score Semrush ?

Non, les formules diffèrent. Ahrefs calcule son score à partir du nombre de domaines référents des dix premières pages ; Semrush combine domaines référents, ratio de liens dofollow, autorité des domaines classés et caractéristiques de la page de résultats. Choisissez un outil et gardez-le comme référence unique.

Existe-t-il un moyen gratuit d'estimer la difficulté d'une requête ?

Oui, en combinant trois sources gratuites : l'observation directe de la page de résultats, le planificateur de mots clés de Google Ads pour la valeur commerciale du clic, et la Search Console pour vos positions actuelles. Les versions d'essai des outils payants complètent utilement, avec un nombre de requêtes limité.

Un score de difficulté élevé signifie-t-il qu'il faut abandonner la requête ?

Pas nécessairement. Un score élevé décrit l'effort demandé à un site moyen ; si votre domaine est déjà reconnu sur la thématique ou si vous figurez en deuxième page, l'écart à combler peut être faible. À l'inverse, un score bas sur une requête sans rapport avec votre offre ne vaut pas la peine d'être travaillé.

Faut-il viser des requêtes longues plutôt que des requêtes courtes ?

Les requêtes de trois mots ou plus sont généralement moins disputées et expriment une intention plus précise, donc convertissent mieux. Leur volume individuel est faible : l'intérêt vient de leur accumulation, à condition de regrouper les intentions proches sur une même page plutôt que de multiplier les contenus courts.

La discussion

  1. Merci pour ces infos. Traditionnellement, j'utilisais cette méthode pour choisir mes mots clés
    A) bon sens en évitant les requêtes trop génériques (ex: formation) pour convertir (requêtes informationnelle) et en regardant les serps : si bcp de résultats issus de la recherche universelle alors requêtes encore trop générique et/ou débouchant sur des hypothétiques positions reléguées de toute façon trop bas, trop sous la ligne de flottaison donc mots clés retirés de la strat de mots clés (sauf si le client l'exige bien sûr) B) Vue des concurrents : si mastodontes (amazon et consort) dans les 3 premières positions alors.. oui concurrence féroce C) Parfois je faisais aussi quelques recherches google avancées pour voir le nombre de VRAIS compétiteurs seo (auront donc au minima optimiser les basiques : avec une formule du type : mot cle inurl:motcle +intitle:motcle etc en ayant débarrassé mes résultats de recherche de mots a exclure avec le signe - Enfin je relevai le nombre de résultats retourné par Google pour apprécier la concurrence effective et arbitrait avec le volume de recherche mais exprimé de façon [exact] : je faisais un ratio : bénéfice/difficulté

    1. Merci pour cet apport. Effectivement, d'autres approches peuvent être cohérentes... mais demandent pas mal de travail manuel.

      L'idée était de voir ici si un outil automatique pouvait faire correctement le job :).

      Avec un peu de recul, quelques mois après la publication de l'article, je trouve l'outil d'Ahrefs le plus pertinent à ce jour. On peut bousculer de gros domaines sur une requête précise si on y met l'intensité en liens ~~.

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